Maisons de retraite et littoral : comprendre leur concentration dans les Pyrénées-Orientales

24/01/2026

Les Pyrénées-Orientales présentent une répartition singulière de leurs maisons de retraite, avec une forte présence sur le littoral. Ce phénomène résulte de plusieurs facteurs complémentaires :
  • Un climat apprécié, alliant douceur et ensoleillement, attire à la fois les retraités et les professionnels du secteur.
  • L’urbanisation côtière et la densité de population rendent les infrastructures d’accueil plus nécessaires et plus accessibles.
  • L’attrait touristique et la renommée balnéaire du littoral renforcent l’investissement immobilier et le développement des établissements d’hébergement.
  • La disponibilité des services médicaux et des transports y est souvent meilleure que dans l’intérieur rural et montagnard.
  • Les politiques publiques ont historiquement soutenu les projets sur la bande côtière, en réponse aux dynamiques démographiques.
Cette combinaison de facteurs historiques, sociaux et territoriaux éclaire les enjeux d’aménagement, d’équité territoriale et d’accompagnement du vieillissement dans le département.

Les Pyrénées-Orientales accueillent de longue date une population importante de retraités venus de toute la France, particulièrement attirés par la « qualité de vie méditerranéenne ». Selon une étude INSEE de 2019, plus de 30 % des habitants du département ont plus de 60 ans, avec une proportion croissante sur la côte. Entre 2010 et 2020, le littoral a connu l’une des plus fortes hausses démographiques de personnes âgées dans la région Occitanie (INSEE).

  • Le climat : ses hivers doux, son ensoleillement exceptionnel, son air marin.
  • L’accès aux services : transports, commerces et praticiens de santé sont plus proches qu’en zones rurales reculées.
  • L’éloignement relatif de la montagne : le relief accentue l’isolement dans l’intérieur, alors que l’urbanisation du littoral facilite les réseaux sociaux, les loisirs et la vie associative.

Ces attraits sont moteurs de migrations résidentielles. De nombreuses familles privilégient ainsi un accueil en maison de retraite sur la côte pour maintenir une certaine qualité de vie, favoriser les visites, l’accès aux soins ou, tout simplement, vivre dans un environnement apaisant.

La vocation touristique du littoral catalan influence très directement la répartition des établissements pour seniors. Le développement accéléré des infrastructures côtières depuis les années 1960 (Programme « Mission Racine » Aménagement du Languedoc-Roussillon) a transformé la bande littorale en un espace dynamique, bénéficiant de routes, d’équipements et d’investissements immobiliers significatifs. Les maisons de retraite et résidences services ont naturellement suivi cette mutation du territoire.

Données comparées entre littoral et intérieur des Pyrénées-Orientales (source : ARS Occitanie, 2022)
Littoral Arrière-pays/Montagne
Proportion de personnes de plus de 75 ans 17,5 % 10,2 %
Nombres d’EHPAD (par 10 000 habitants) 7 3
Accessibilité médicale (temps moyen d’accès à un médecin) 9 min 22 min
Prix moyen journalier en EHPAD 65-85 € 55-75 €

Le tourisme crée des opportunités d’emplois et soutient un tissu de services adapté à une population senior (paramédicaux, pharmacies, commerces de proximité, etc.). La saisonnalité et la qualité de vie sont également recherchées par les professionnels du secteur, ce qui facilite le recrutement du personnel médico-social.

Perpignan, Canet, Argelès et les stations balnéaires favorisent la création de structures d’accueil, qui choisissent souvent ce bassin pour sa densité démographique et la présence de réseaux de soin structurés (hôpitaux, spécialistes, urgence, etc.). Cette dynamique favorise aussi le développement d’établissements aux profils variés : EHPAD, résidences autonomie, foyers logements, notamment à Perpignan, où la diversité des établissements est la plus grande du département.

  • Les réseaux de soins hospitaliers du littoral permettent un continuum de prise en charge.
  • Les transports en commun facilitent les déplacements des proches et des intervenants extérieurs.
  • L’offre culturelle et de loisirs, plus développée sur la côte, enrichit le quotidien et les possibilités d’activités.

Inversement, le territoire d’altitude ou de plaine intérieure reste marqué par la faible densité humaine, la difficile attractivité pour le recrutement, et parfois la fermeture d’établissements faute de moyens (le cas du Fenouillèdes ou du Conflent, par exemple, fait l’objet de préoccupations locales).

L’État, les départements et les communes sont acteurs du développement des maisons de retraite. L’attribution des autorisations, l’accès aux subventions et la réglementation des structures favorisent souvent les zones où la demande est évaluée comme la plus importante. Or, le littoral concentre non seulement une population senior dynamique et nombreuse, mais aussi des relais politiques et économiques bien implantés.

D’autre part, la valorisation foncière et le dynamisme du marché immobilier côtier rendent l’investissement dans les établissements plus attractif, notamment pour les enseignes privées. À l’inverse, les projets en zones de montagne, avec des coûts de construction élevés, peinent à trouver l’équilibre économique. Ces enjeux de gestion sont régulièrement pointés par les Cours régionales des comptes ou les rapports des Agences Régionales de Santé.

Concentrer l’offre sur le littoral offre de nombreux avantages :

  • Qualité de soins et suivi médical rapproché
  • Accès facilité pour les familles parfois elles-mêmes installées sur la côte
  • Dynamisme social au sein de grands établissements
Mais ce phénomène n’est pas exempt de limites :
  • Risque de saturation saisonnière (plus marqué en été avec l’afflux touristique)
  • Éloignement et parenthèse de liens pour les habitants des vallées intérieures
  • Difficultés accrues pour les seniors ruraux, qui peuvent ressentir l’arrachement à leur commune d’origine ou à leur culture, souvent très ancrée dans la terre ou la montagne

La question de la répartition géographique des établissements d’hébergement mérite d’être accompagnée de politiques publiques adaptées et de solutions innovantes. Quelques pistes émergent déjà dans le département :

  • Développement d’EHPAD ou de résidences autonomie en zone semi-rurale, appuyés sur des regroupements intercommunaux.
  • Mise en place de services mobiles ou itinérants (soins, animation, portage de repas) pour réduire les distances et l’isolement.
  • Diversification des modes d’accueil : habitats intermédiaires, familles d’accueil, solutions de proximité.
  • Soutien au maintien à domicile pour celles et ceux qui le souhaitent, grâce à un renforcement des aides à domicile et au tissu associatif local.

Recentrer le choix non sur la seule géographie, mais sur la qualité de l’accompagnement, le respect des parcours de vie et le dialogue constant entre institutions, professionnels, familles et personnes âgées elles-mêmes.

La forte présence des maisons de retraite sur le littoral des Pyrénées-Orientales reflète des choix collectifs de société et des réalités territoriales bien ancrées, nourries par l’histoire, la démographie et l’économie. L’enjeu, demain, sera de garantir à chaque senior l’accès à une solution adaptée à ses préférences, à ses besoins, et à son environnement de vie, qu’il soit tourné vers la mer, la plaine ou la montagne. Cela passera par une réflexion partagée sur l’équité territoriale, la qualité d’accompagnement et l’écoute active des attentes de chacun.

La diversité des territoires mérite d’être reconnue et soutenue dans sa capacité à accueillir et accompagner le grand âge, au-delà c’est-à-dire des logiques purement géographiques, pour renouer avec l’esprit d’entraide, de proximité et de respect de l’histoire de chacun.

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